{"id":995,"date":"2020-08-05T11:51:36","date_gmt":"2020-08-05T09:51:36","guid":{"rendered":"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/?page_id=995"},"modified":"2021-07-30T11:47:39","modified_gmt":"2021-07-30T09:47:39","slug":"lune_de_graisse","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/philosophical_marmot\/fr\/partie_02\/lune_de_graisse\/","title":{"rendered":"Journal d&#8217;un philosophe &#8211; Deuxi\u00e8me \u00e9t\u00e9 &#8211; Lune de graisse"},"content":{"rendered":"\n<h1>\n\t\tLa marmotte au collierJournal d&#8217;un philosophe\n\t<\/h1>\n<h3>\n\t\tPartie II &#8211; Lune de graisseDeuxi\u00e8me \u00e9t\u00e9\n\t<\/h3>\n\t\t\t\t<a href=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/philosophical_marmot\/\" target=\"_self\" itemprop=\"url\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/the_marmot_with_the_collar-1024x447.jpg\" alt=\"the_marmot_with_the_collar\" itemprop=\"image\" height=\"447\" width=\"1024\" title=\"the_marmot_with_the_collar\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n<h4>\n\t\tM.02.06.01.01 \/ M.132 &#8211; M.02.06.03.07 \/ M.146\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tLANGUE\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tFran\u00e7ais\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\t<a href=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/philosophical_marmot\/de\/teil_02\/fetter_mond\/\" title=\"Deutsch\" target=\"_self\" rel=\"noopener\">\n\t\tDeutsch\n\t\t<\/a>\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\t<a href=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/philosophical_marmot\/en\/part_02\/moon_of_fatness\/\" title=\"English\" target=\"_self\" rel=\"noopener\">\n\t\tEnglish\n\t\t<\/a>\n\t<\/h4>\n<h3>\n\t\tNouvelle lune\n\t<\/h3>\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/new_moon-300x300.jpg\" alt=\"new_moon\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"300\" title=\"new_moon\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n<h4>\n\t\tPremier jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.01.01 \/ M.132\n\t<\/h4>\n\t<p>Orages sur orages! La foudre a frapp\u00e9 plusieurs fois le sommet de la Dent-Noire. Que n&#8217;y \u00e9tais-je?<\/p>\n<h4>\n\t\tTroisi\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.01.03 \/ M.133\n\t<\/h4>\n\t<p>Les chiens font rage. L&#8217;homme aussi. Il m\u00eale son tonn\u00e8re \u00e0 celui du ciel. Plusieurs marmottes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es. Le pays se d\u00e9peuple.<\/p>\n<h4>\n\t\tQuatri\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.01.04 \/ M.134\n\t<\/h4>\n\t<p>La nature, qui a multipli\u00e9 sur la terre les races malfaisantes, en a fait trois plus redoubtables que les autres: le vautour, le chien et l&#8217;homme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le vautour est le plus terrible de tous, \u00e0 cause de la puissance de son aile et de sa rapidit\u00e9 foudroyante. Les seuls animaux qui lui \u00e9chappent sont ceux que leur poids ne lui permet pas d&#8217;emporter, et encore le redoutent-ils pour leurs petits. Il ne vole pas, il tombe et vous enl\u00e8ve; on dirait le Destin. Il a les yeux fauves, entour\u00e9s de chair vive, le bec crochu, les serres toujours aiguis\u00e9es, le cou toujours tendu vers la proie. On frissonne \u00e0 la seule pens\u00e9e de ce nid, qui est un charnier, et du voyage que font dans les airs ceux qu&#8217;il d\u00e9p\u00e8ce \u00e0 ses petits. Cette mort est horrible \u00e0 imaginer, d&#8217;autant plus horrible qu&#8217;elle est plus lente. La victime respire et palpate encore sous le bec hideux qui lui arrache des lambeaux de chair et sous les serres aigu\u00ebs qui lui pi\u00e9tinent les entrailles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant le vautour est moins cruel que sanguinaire. Ce n&#8217;est pas lui que est cruel, c&#8217;est la nature, qui l&#8217;a fait na\u00eetre vorace et lui a dit: &#8220;Tu vivra de chair fumante&#8221;. Il a faim, et il fait la chasse aux animaux, comme nous la faisons aux fleurs. Il lui faut des marmottes ou des li\u00e8vres, comme \u00e0 nous le tr\u00e8fle ou la soldanelle. Il boit le sang de ses victimes, comme nous buvons la ros\u00e9e dans les coupes de la gentiane ou dans les gobelets de l&#8217;alchimille. C&#8217;est la nature qui a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu&#8217;il y aurait au moins une aire de vautours par vall\u00e9e, souvent deux, souvent plus. C&#8217;est elle qui a suspendu cette menace \u00e9ternelle sur tous les g\u00eetes et sur tous les terriers, sur tout ce qui broute et sur tout ce qui niche. Pourquoi a-t-elle institu\u00e9 ces tyrans des airs? Pourquoi leur a-t-elle partag\u00e9 le monde habitable? Qui le sait? Elle a ses desseins mysterieux, elle a ses lois inexorables, que nous ne p\u00e9n\u00e9trons pas, mais que nous subissons. Heureuses celles qui sont st\u00e9riles, heureuses les \u00e9pouses qui n&#8217;ont point allait\u00e9, car c&#8217;est pour le vautour que les g\u00eetes et les terriers se remplissent! Avec le vautour, le genie du meurtre r\u00e8gne dans le ciel et plane sur la terre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est moins affreux de tomber sous la dent du chien que sous le serre du vautour. Le chien ne vous enl\u00e8ve pas, il ne vous d\u00e9chire pas lentement, il ne vous d\u00e9p\u00e8ce pas pi\u00e8ce \u00e0 pi\u00e8ce; il vous \u00e9gorge, et c&#8217;est fini.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins le chien est plus laid et plus cruel que le vautour. Il n&#8217;a pas faim, comme le vautour; il chasse pour chasser, il \u00e9gorge pour \u00e9gorger. Certaines races lui sont odieuses; il faut qu&#8217;il les d\u00e9truise. C&#8217;est un besoin de sa nature, un instinct irresistible. Nous somme du nombre, pauvres marmottes; les li\u00e8vres aussi sont du nombre. Que lui avons-nous fait? Quelle injure a-t-il \u00e0 laver dans notre sang? Qu&#8217;y a-t-il de commun entre lui et nous? Il nous hait pour le mal que nous ne lui avons pas fait. C&#8217;est l&#8217;innocence qui lui est odieuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>N\u00e9 f\u00e9roce, le chien a cultiv\u00e9 dans l&#8217;esclavage ses instincts monstrueux. Car le chien est l&#8217;esclave de l&#8217;homme. La plupart des animaux s&#8217;engraissent dans la servitude; ils y deviennent lourds, paresseux \u00e0 la chasse, tardifs \u00e0 la course. Le chien y est devenu plus insatiable, au contraire, plus ardent, plus industrieux, plus agile. Les hommes l&#8217;ont instruit et dress\u00e9. Ils ont achev\u00e9 l&#8217;\u0153uvre \u00e9bauch\u00e9e par la nature. A la haine instinctive qui anime le chien contre nous s&#8217;est ajout\u00e9 un stimulant nouveau, le d\u00e9sir de plaire \u00e0 son ma\u00eetre. Quand il a saisi un li\u00e8vre ou une marmotte, il va d\u00e9poser sa victime aux pieds de l&#8217;homme, qui le flatte et le caresse. Le chien est avide de caresses. Il tr\u00e9pigne d&#8217;aise et se p\u00e2me sous la main qui le flatte. Nul ne d\u00e9sire la libert\u00e9 avec la m\u00eame ardeur que le chien d\u00e9sire le prix de l&#8217;ob\u00e9issance. Il a le go\u00fbt de la bassesse. On dit que l&#8217;homme lui jette en p\u00e2ture le rebut de la chasse, les entrailles des victimes, et qu&#8217;il fait sa joie et sa gloire de ce honteux festin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le chien n&#8217;a pas l&#8217;oreille fine, il n&#8217;a pas non plus l&#8217;\u0153il per\u00e7ant; mais il a un odorat extraordinaire. Aucun autre animal n&#8217;est aussi habile \u00e0 d\u00e9couvrir et \u00e0 suivre une piste, c&#8217;est ce qui le rend dangereux. Il marche la t\u00eate basse, flairant \u00e0 droite, flairant \u00e0 gauche. La moindre odeur de li\u00e8vre ou de marmotte la fait soudain tressaillir et le remplit d&#8217;une ivresse f\u00e9roce. Il se lance alors, et suit la piste de toute la vitesse de ses jambes longues et gr\u00eales, en poussant des hurlements sauvages. Il a un cri particulier quand il chasse, une sorte de musique, m\u00e9lange de fr\u00e9n\u00e9sie et de volupt\u00e9. Il ne conna\u00eet pas la fatigue. Dans les solitudes les plus \u00e9cart\u00e9es, sous le soleil le plus ardent, sur la neige ou sur le roc nu, peu importe, il court des heures, des jours, haletant, la langue horriblement pendante, harass\u00e9, les pieds en sang, mais courant toujours. Quand les forces lui manquent, la passion le soutient encore.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Certains chiens, longs et bas, entrent dans nos terriers. Heureusement que les galeries en sont \u00e9troites et qu&#8217;ils sont oblig\u00e9s de travailler pour les \u00e9largir. Pendant ce temps, nous fuyons par une autre issue, ou nous creusons plus avant. J&#8217;ai vu flamboyer une fois, dans le long corridor de mon terrier, les deux yeux d&#8217;un chien. Il \u00e9tait arriv\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 un \u00e9tranglement form\u00e9 par une racine d&#8217;arolle et ne pouvait p\u00e9n\u00e9trer plus loin. Nous nous regardions l&#8217;un l&#8217;autre, lui furieux, moi tranquille. Cela dura des heures. Je les vois encore, ces deux yeux; je vivrais dix vies de marmotte que je les verrais toujours. Ils n&#8217;exprimaient qu&#8217;une chose, la soif du sang.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un chien est plus fort qu&#8217;une marmotte. Toutefois si les marmottes le voulaient bien, si elles savaient s&#8217;unir, elles auraient facilement raison de tous ces chiens r\u00f4deurs qui chassent seuls \u00e0 la montagne. Mais chaque famille de marmottes vit pour soi. Les enfants fuient, la m\u00e8re fuit, le p\u00e8re fuit. Nul ne songe \u00e0 r\u00e9sister. Il est vrai de dire que lorsqu&#8217;on entend le chien, il y a tout lieu de supposer que l&#8217;homme n&#8217;est pas loin, le tyran et l&#8217;\u00e9pouvantail de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<h4>\n\t\tCinqui\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.01.05 \/ M.135\n\t<\/h4>\n\t<p>Parlons un peu de l&#8217;homme, parlons-en \u00e0 notre aise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y aurait autant de vari\u00e9t\u00e9s d&#8217;hommes qu&#8217;il y a d&#8217;individus, s&#8217;il fallait en juger par les peaux de rechange, de forme et de couleur diff\u00e9rentes, qu&#8217;il met et qu&#8217;il \u00f4te \u00e0 volont\u00e9. Mais on croit assez g\u00e9n\u00e9ralement qu&#8217;elles ne lui sont point naturelles et qu&#8217;il les fabrique. Tout ce que j&#8217;ai pu voir dans le temps de ma captivit\u00e9 m&#8217;a confirm\u00e9 dans cette opinion. C&#8217;est le propre de l&#8217;homme qu&#8217;il fait une multitude de choses que nul autre n&#8217;a jamais faites ni ne fera jamais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;homme est le plus manqu\u00e9 des animaux. Il a une crini\u00e8re qui, chez les uns, encadre tout le visage, tandis que, chez d&#8217;autres, elle prot\u00e8ge seulement le dessus de la t\u00eate. Elle lui tombe avec l&#8217;\u00e2ge, c&#8217;est-\u00e0-dire au moment o\u00f9 il en aurait le plus besoin pour se garantir du froid. On ne sait trop, au reste, \u00e0 quoi elle lui sert. Ceux qui l&#8217;ont le plus fournie portent encore un couvert sur la t\u00eate. Autant qu&#8217;on en peut juger, le reste du corps est nu, sauf les peaux dont on l&#8217;affuble. Les autres animaux ont tous une couleur; la vache est noire ou rouge, souvent tachet\u00e9e de blanc; le li\u00e8vre est blanc en hiver, roux en \u00e9t\u00e9; l&#8217;ours est brun; la marmotte a un gracieux pelage, nuanc\u00e9 du gris au noir; la peau de l&#8217;homme seule n&#8217;a pas de couleur propre; elle est \u00e0 demi transparente et laisse deviner les chairs et le sang. Cela est sans exemple dans la nature. L&#8217;homme a lui-m\u00eame le sentiment de cette monstruosit\u00e9, et c&#8217;est probablement la raison pour laquelle il se couvre de fausses peaux, qui ne lui appartiennent pas et qu&#8217;il a soin de passer en couleur. Mais il garde le visage d\u00e9couvert, les mains aussi, ce qui donne envie d&#8217;y mordre. Si j&#8217;\u00e9tais b\u00eate feroce, je mangerais beaucoup d&#8217;hommes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;homme s&#8217;asseoit comme nous et se tient debout sur ses pieds de derri\u00e8re; en revanche, il ne sait pas marcher \u00e0 quatre pattes. La vraie m\u00e9thode est d&#8217;user des deux m\u00e9thodes, selon les cas, comme font les marmottes. L&#8217;homme n&#8217;est pas solide sur ses deux pieds; il a toujours l&#8217;air de tr\u00e9bucher. Souvent il se sert s&#8217;une branche d&#8217;arbre pour assurer sa marche, qui est lente et gauche. Il court pesamment. Comment pourait-il courir l\u00e9g\u00e8rement, b\u00e2ti comme il est? Il n&#8217;y a aucune proportion entre ses jambes de derri\u00e8re, de gros et informes piliers, et celles de devant, plus courtes, plus gr\u00eales et dont il ne sait faire que des bras, comme nous faisons aussi quelquefois, mais quand cela nous convient seulement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;homme serait le plus inoffensif des animaux, car il en est le plus maladroit, s&#8217;il ne suppl\u00e9ait \u00e0 force d&#8217;industrie \u00e0 ce que lui a refus\u00e9 la nature. Il n&#8217;a point d&#8217;odorat, point d&#8217;ou\u00efe, sa vue est des plus ordinaires; mais il a l&#8217;esprit ing\u00e9nieux. Il applique \u00e0 son \u0153il un long instrument, au moyen duquel il d\u00e9couvre sa proie \u00e0 toute distance; il porte ordinairement sur l&#8217;\u00e9paule un autre instrument, plus long encore, qu&#8217;il dirige contre ses victimes et dont il fait sortir du feu, de la fum\u00e9e et de petites pierres rondes et pesantes, qui frappent au loin ceux qu&#8217;il veut atteindre. Ce ne peut \u00eatre qu&#8217;un dieu qui lui a appris \u00e0 manier ainsi la foudre. Pourquoi \u00e0 lui plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 d&#8217;autres, plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 nous, par exemple? Qu&#8217;est-ce que l&#8217;homme a fait pour m\u00e9riter cette faveur? Est-ce un titre aux yeux du ciel que de r\u00e9pandre le sang innocent?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;homme a un charme. Certaines \u00e9speces d&#8217;animaux s&#8217;inclinent devant lui, le reconnaissent ouvertement pour leur ma\u00eetre et le servent avec passion. Les autres le redoutent et le ha\u00efssent. Il n&#8217;est pas sanguinaire comme le vautour; on ne l&#8217;a jamais vu mordre dans la chair de ses victimes, ni boire leur sang. Il n&#8217;est pas n\u00e9 pour le meurtre. Il n&#8217;a ni serres ardentes, ni bec crochu, ni dents aigu\u00ebs. Il chasse n\u00e9anmoins, mais froidement. Il ne semble avoir contre nous aucune haine d&#8217;instinct. Il n&#8217;est pas cruel, il n&#8217;est qu&#8217;ambitieux et jaloux. L&#8217;homme veut qu&#8217;on lui paie un tribut de soumission. Sa passion est de r\u00e9gner ou de se persuader qu&#8217;il r\u00e8gne. Il se pla\u00eet \u00e0 s&#8217;entourer d&#8217;esclaves. Tout \u00eatre libre lui est une injure. Son r\u00eave serait d&#8217;\u00eatre le ma\u00eetre universel. Il ne r\u00e9alisera pas \u00e0 moins d&#8217;avoir purg\u00e9 la terre des libres enfants de la montagne. C&#8217;est \u00e0 quoi il travaille. Il nous tue, parce qu&#8217;il ne peut pas nous asservir. C&#8217;est sa mani\u00e8re de se venger de son impuissance. Qu&#8217;il tue tant qu&#8217;il voudra, nous ne lui donnerons pas le plaisir de faire cort\u00e8ge apr\u00e8s lui. Les races n\u00e9es pour la libert\u00e9 ha\u00efront \u00e9ternellement l&#8217;homme et ses satellites.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;empire de l&#8217;homme s&#8217;\u00e9tend. A mesure qu&#8217;il avance, le d\u00e9sert se fait autour de lui et il le peuple de ses creatures. Par quel caprice la nature a-t-elle d\u00e9sign\u00e9 pour la royaut\u00e9 l&#8217;\u00eatre le plus mal fait qui soit sorti de ses mains? Je n&#8217;en sais rien; mais une chose est certaine, l&#8217;homme grandit et le marmotte diminue. De nos anciennes multitudes, il ne reste que quelques peuplades au fond des vall\u00e9es, asile peu s\u00fbr et de plus en plus viol\u00e9. Nos p\u00e8res ne se souvenaient pas d&#8217;avoir jamais vu dans ce pays la silhouette d&#8217;un homme se dessiner contre le ciel, sur les ar\u00eates des pics. Cela se voit maintenant presque chaque jour, du moins en \u00e9t\u00e9. Ils s&#8217;y hissent par caravanes, de rocher en rocher. Ils se poussent et se tirent les uns les autres, et font tant qu&#8217;ils arrivent. Il faut les entendre alors, quand ils ont atteint le sommet, c\u00e9l\u00e9brer par de grands cris de joie la victoire qu&#8217;ils viennent de remporter sur leur maladresse. Non-seulement l&#8217;homme veut r\u00e9gner sur les animaux, il veut r\u00e9gner sur la terre elle-m\u00eame. Il a fait serment de ne pas laisser un seul lieu qui n&#8217;ai \u00e9t\u00e9 souill\u00e9 de sa pr\u00e9sence. Tant d&#8217;orgueil fatiguera la patience du ciel. A moins que le monde n&#8217;ait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour le triomphe de l&#8217;iniquit\u00e9, l&#8217;homme et sa gloire passeront.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J&#8217;ai fait dans ma captivit\u00e9 une d\u00e9couverte \u00e9tonnante: l&#8217;homme pourrait \u00eatre bon, il l&#8217;est m\u00eame parfois. En vain je me refusais \u00e0 y croire, j&#8217;ai vu briller dans ses yeux le doux rayon de la piti\u00e9. Il faut quelque habitude pour ne s&#8217;y pas tromper. Ces yeux mobiles, en pleine face, font peur au premier abord. Aucun animal n&#8217;a le regard plus fixe, aucun ne l&#8217;a plus fuyant. On n&#8217;est pas en s\u00fbret\u00e9 devant ces yeux-l\u00e0. A la longue cependant, on apprend \u00e0 y lire. On y lit le plus souvent des pens\u00e9es d&#8217;orgueil ou de fourberie; mais j&#8217;y ai lu quelquefois, lu distinctement, une pens\u00e9e de bont\u00e9. Le jour o\u00f9 l&#8217;homme \u00e0 longue et fine crini\u00e8re, qui me donnait des amandes d&#8217;arolle, m&#8217;a rapport\u00e9 \u00e0 la montagne, j&#8217;ai vu dans ses faux yeux bleus un sourire v\u00e9ritable. Je suis persuad\u00e9 maintenant qu&#8217;il a voulu me d\u00e9livrer. On croit que ces hommes \u00e0 crini\u00e8re plus fine et qui portent tous une sorte de peau flottante, sont les femelles. Je le crois aussi, et cela explique pourquoi il y a plus de douceur dans leurs mouvements et leur physiognomie. Mais ils ne sont pas seuls capable de bienveillance. L&#8217;homme qui venait soir et matin chercher le lait de ses vaches, avait-il donc la crini\u00e8re assez rude et les traits assez farouches! J&#8217;ai aussi vu briller ses yeux pendant qu&#8217;il passait la main sous le cou d&#8217;une petite vache brunette, qu&#8217;il ne manquait jamais de caresser. Il ne me voulait point de mal, non plus. Volontiers il m&#8217;aurait donn\u00e9 une part de ses caresses. Je les ai repouss\u00e9es, \u00e0 cause de ma prison, et je les repousserais aujourd&#8217;hui encore, en libert\u00e9. Car enfin, que faut-il penser de cet \u00eatre qui est capable de bienveillance et qui n&#8217;y trouve pas son plaisir? Cela est inou\u00ef dans la cr\u00e9ation. Je comprends le vautour, qui ne sait rien de la mis\u00e9ricorde; je comprends le chien, qui n&#8217;est que bassesse et f\u00e9rocit\u00e9. Mais l&#8217;homme! Comment peut-il r\u00e9duire en esclavage ceux qu&#8217;il aime et verser le sang de ceux dont il a piti\u00e9? Quel est cet art qui consiste \u00e0 \u00eatre mis\u00e9ricordieux aujourd&#8217;hui et impitoyable demain? J&#8217;en prends le ciel \u00e0 t\u00e9moin, il est un animal qui pourrait \u00eatre bon et qui veut \u00eatre mauvais. Ce monstre s&#8217;appelle l&#8217;homme. La fortune le comble de ses faveurs et il marche d&#8217;un pas insolent \u00e0 l&#8217;empire du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;homme est le plus grand myst\u00e8re de la nature, apr\u00e8s la marmotte.<\/p>\n<h4>\n\t\tSepti\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.01.07 \/ M.136\n\t<\/h4>\n\t<p>Cela m&#8217;a fait du bien de dire ici tout ce que je pense de nos pers\u00e9cuteurs. Cela m&#8217;a tenu lieu de Dent-Noire. Je me sens soulag\u00e9.<\/p>\n<h3>\n\t\tPremier quartier\n\t<\/h3>\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/first_quarter-300x300.jpg\" alt=\"first_quarter\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"300\" title=\"first_quarter\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n<h4>\n\t\tPremier jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.02.01 \/ M.137\n\t<\/h4>\n\t<p>Voici le premier anniversaire de la mort du li\u00e8vre blanc. Je l&#8217;ai pleur\u00e9 toute une lune, je le pleurerai plusieurs lunes encore.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On enseigne \u00e0 toutes les marmottes, dans leur \u00e2ge le plus tendre, qu&#8217;il y a une Providence, que les dieux exercent la justice sur la terre et dans le ciel, qu&#8217;ils favorisent les desseins des justes et punissent s\u00fbrement les coupables. Je me demande si cette religion ne date pas du temps o\u00f9 la race des marmottes \u00e9tait la plus florissante de toutes celles qui habitent la montagne. C&#8217;est une religion de gens heureux. Les hommes doivent en avoir une toute semblable aujourd&#8217;hui. Nous en croyons ce que nous pouvons, pauvres marmottes! Je suis s\u00fbr que les hommes en sont tr\u00e8s convaincus.<\/p>\n<h4>\n\t\tDeuxi\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.02.02 \/ M.138\n\t<\/h4>\n\t<p>Le moment est venu de prendre courage. La saison s&#8217;avance. Il faut ou renoncer \u00e0 la philosophie ou se pr\u00e9parer pour la veill\u00e9e de la longue nuit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir signal\u00e9 les derniers temps de leur s\u00e9jour par un grand carnage de marmottes, les hommes se sont retir\u00e9s aujourd&#8217;hui aux alpages inf\u00e9rieurs. Les troupeaux allaient devant. Ils ont fait grand bruit de leurs sonneries.<\/p>\n<h4>\n\t\tTroisi\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.02.03 \/ M.139\n\t<\/h4>\n\t<p>Plus j&#8217;y r\u00e9fl\u00e9chis, plus je me persuade qu&#8217;il y a un sens profond et une grande v\u00e9rit\u00e9 dans les derni\u00e8res paroles du li\u00e8vre blanc. Le sommeil de la longue nuit aurait donc pour cause unique le froid, qui p\u00e9n\u00e8tre de l&#8217;ext\u00e9rieur \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur; ce serait un ph\u00e9nom\u00e8ne du m\u00eame ordre que ceux de la gel\u00e9e et du d\u00e9gel. Si la longue nuit \u00e9tait assez longue\u00a0 pour que le refroidissement f\u00fbt complet, nous mourrions; mais le refroidissement n&#8217;est pas complet; il reste au c\u0153ur un foyer de chaleur, dont l&#8217;action reprend le dessus d\u00e8s que la temp\u00e9rature devient plus douce.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie a pour elles de grandes vraisemblances.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 peu pr\u00e8s ce qui arrive aux plantes, \u00e0 toutes celles du moins qui ne p\u00e9rissent pas aux approches de la longue nuit. Les h\u00e8tres, par exemple, dans le bas de la vall\u00e9e, ou les m\u00e9l\u00e8zes, sont gel\u00e9s ext\u00e9rieurement, au moment o\u00f9 nous nous r\u00e9veillons de notre sommeil. Ils n&#8217;ont plus de feuilles, le bois en est froid, et la s\u00e8ve n&#8217;y circule pas. Mais il reste au centre un foyer de vie, qui communique sa chaleur de proche en proche, \u00e0 tout le tronc et \u00e0 toutes les branches, d\u00e8s que la saison est plus favorable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La m\u00eame th\u00e9orie expliquerait, en outre, l&#8217;instinct qui nous porte \u00e0 bourrer de foin nos terriers, \u00e0 en fermer exactement les galeries et \u00e0 nous serrer le plus possible les uns contre les autres pour dormir ce sommeil-l\u00e0. On comprendrait aussi, \u00e0 la rigueur, l&#8217;insensibilit\u00e9 dont on nous accuse pendant le temps que nous dormons. La peau, tout enti\u00e8re refroidie, est comme morte. Il faudrait piquer \u00e0 une certaine profondeur pour rencontrer la sensibilit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si d&#8217;autres animaux ne sont pas sujets \u00e0 ce sommeil, il faut qu&#8217;ils aient le sang plus chaud ou une meilleure fourrure, peut-\u00eatre tous les deux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Plus cette explication me s\u00e9duit, plus je suis impatient de tenir entre mes bras une marmotte gel\u00e9e. Quand sera-ce?<\/p>\n<h4>\n\t\tQuatri\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.02.04 \/ M.140\n\t<\/h4>\n\t<p>Je me sens rena\u00eetre et ragaillardir. Je suis \u00e9videmment sur la bonne piste. Ce point gagn\u00e9, le reste ira de soi.<\/p>\n<h4>\n\t\tCinqui\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.02.05 \/ M.141\n\t<\/h4>\n\t<p>J&#8217;ai vu aujourd&#8217;hui passer un li\u00e8vre blanc, \u00e0 quelque distance de mon terrier. Je sais \u00e0 peu o\u00f9 est son g\u00eete, et il ne me serait pas difficile, peut-\u00eatre, de lier amiti\u00e9 avec lui, comme avec l&#8217;autre. Mais celui que j&#8217;aimais est mort, et je ne lui donnerai pas de successeur, du moins pour le moment.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J&#8217;ai remarqu\u00e9 que son poil blanchissait d\u00e9j\u00e0. J&#8217;en conclus que la longue nuit commencera de bonne heure cette ann\u00e9e.<\/p>\n<h4>\n\t\tSixi\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.02.06 \/ M.142\n\t<\/h4>\n\t<p>Si ma th\u00e9orie est juste, il est facile de comprendre ce qui a fait manquer ma pr\u00e9c\u00e9dente exp\u00e9rience. J&#8217;ai eu froid. Aussi quelle id\u00e9e de me creuser un terrier plus haut que toutes les autres marmottes, et sur le versant de la vall\u00e9e qui ne voit pas le soleil! Je devine maintenant pourquoi je me suis r\u00e9veill\u00e9 le dernier. En pays plus froid on d\u00e9g\u00e8le n\u00e9cessairement plus tard. Si je ne me suis pas endormi plus t\u00f4t aussi, ce n&#8217;est que par un effort miraculeux de volont\u00e9. Ce que j&#8217;ai souffert ne m&#8217;est plus un myst\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette fois je prendrai de plus justes mesures. Je vais commencer par me faire un terrier bien chaud, sur l&#8217;autre versant, dans l&#8217;endroit\u00a0 le plus soleill\u00e9 et aussi bas que possible. J&#8217;irai d\u00e8s demain en reconnaissance, pour trouver le lieu propice. Duss\u00e9-je dormir aussi, ce ne sera que plus tard, et j&#8217;aurai le temps de faire au moins un voyage pour venir palper chez elles les premi\u00e8res marmottes endormies.<\/p>\n<h3>\n\t\tPleine lune\n\t<\/h3>\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/full_moon-300x300.jpg\" alt=\"full_moon\" itemprop=\"image\" height=\"300\" width=\"300\" title=\"full_moon\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n<h4>\n\t\tQuatri\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.03.04 \/ M.143\n\t<\/h4>\n\t<p>J&#8217;ai pass\u00e9 trois jours en voyage. Je suis descendu tr\u00e8s bas, beaucoup plus bas que les alpages o\u00f9 sont actuellement les hommes et leurs troupeaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Enfin, j&#8217;ai trouv\u00e9 un lieu \u00e0 mon gr\u00e9, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 du torrent. C&#8217;est une c\u00f4te ardue, coup\u00e9e de grandes parois de rochers blancs et couverte de for\u00eats presque imp\u00e9n\u00e9trables. Il fait tr\u00e8s chaud sous ces rochers, qui ne perdent aucun rayon du soleil, et il n&#8217;est pas impossible de s&#8217;y creuser un terrier, au milieu des d\u00e9bris qui s&#8217;y sont accumul\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le voisinage de l&#8217;homme, j&#8217;esp\u00e8re y \u00eatre en s\u00fbret\u00e9. Je n&#8217;y ai vu sa trace nulle part. Cette for\u00eat semble avoir \u00e9t\u00e9 seule respect\u00e9e par ce grand destructeur de for\u00eats. L&#8217;abord en est trop difficile, sans doute. Les arbres y tombent de v\u00e9tust\u00e9, et les d\u00e9bris entass\u00e9s sur le sol y pourrissent des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J&#8217;attendrai toutefois pour m&#8217;y rendre que les hommes soient plus loin.<\/p>\n<h4>\n\t\tCinqui\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.03.05 \/ M.144\n\t<\/h4>\n\t<p>Il n&#8217;y a rien d&#8217;\u00e9tonnant \u00e0 ce que j&#8217;aie succomb\u00e9. Je me sens d\u00e9j\u00e0 froid ici. Et pourtant il n&#8217;est pas encore tomb\u00e9 un flocon de neige.<\/p>\n<h4>\n\t\tSixi\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.03.06 \/ M.145\n\t<\/h4>\n\t<p>Ces hommes ne bougent pas. Je n&#8217;y tiens plus.<\/p>\n<h4>\n\t\tSepti\u00e8me jour\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tM.02.06.03.07 \/ M.146\n\t<\/h4>\n\t<p>Les hommes sont encore l\u00e0. N&#8217;importe. Je pars aujourd&#8217;hui. J&#8217;en appelle \u00e0 ces dieux qu&#8217;on dit justes. A eux le soin de me garder.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je ne puis r\u00e9ellement pas attendre plus longtemps. J&#8217;ai beaucoup \u00e0 faire l\u00e0-bas, pour \u00eatre pr\u00eat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mes tablettes sont en ordre, dans leur salle. Je vais murer mon terrier, comme nous avons coutume de faire, afin qu&#8217;on le croie occup\u00e9. Apr\u00e8s quoi, adieu!<\/p>\n<h3>\n\t\tE. Rambert: La marmotte au collier (1889)\n\t<\/h3>\n<h4>\n\t\tThe Marmot with the Collar<br \/>A Trilingual Edition\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tPart 02.06 (Fran\u00e7ais)\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\tRichard L. Hewitt<br \/>Kamuzu Academy, Malawi\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\t2020 &#8211; 2022\n\t<\/h4>\n\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/the_phases_of_the_moon.jpg\" alt=\"the_phases_of_the_moon\" itemprop=\"image\" height=\"228\" width=\"522\" title=\"the_phases_of_the_moon\" onerror=\"this.style.display='none'\"  \/>\n<h4>\n\t\t<a href=\"http:\/\/eugene-rambert.snakeshead.org\" title=\"http:\/\/eugene-rambert.snakeshead.org\" target=\"_self\" rel=\"noopener\">\n\t\thttp:\/\/eugene-rambert.snakeshead.org\n\t\t<\/a>\n\t<\/h4>\n<h4>\n\t\t<a href=\"http:\/\/philosophical-marmot.snakeshead.org\" title=\"http:\/\/philosophical-marmot.snakeshead.org\" target=\"_self\" rel=\"noopener\">\n\t\thttp:\/\/philosophical-marmot.snakeshead.org\n\t\t<\/a>\n\t<\/h4>\n\t\t\t<a href=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/philosophical_marmot\/fr\/partie_02\/lune_seche\/\" target=\"_self\" role=\"button\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t<a href=\"http:\/\/snakeshead.org\/wp\/philosophical_marmot\/fr\/partie_02\/lune_triste\/\" target=\"_self\" role=\"button\" rel=\"noopener\">\n\t\t\t\t\t\t\t<\/a>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La marmotte au collierJournal d&#8217;un philosophe Partie II &#8211; Lune de graisseDeuxi\u00e8me \u00e9t\u00e9 M.02.06.01.01 \/ M.132 &#8211; M.02.06.03.07 \/ M.146 LANGUE Fran\u00e7ais Deutsch English Nouvelle lune Premier jour M.02.06.01.01 \/ M.132 Orages sur orages! 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Troisi\u00e8me jour M.02.06.01.03 \/ M.133 Les chiens&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":398,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-995","page","type-page","status-publish","hentry"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/995","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=995"}],"version-history":[{"count":30,"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/995\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3163,"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/995\/revisions\/3163"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/398"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/snakeshead.org\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=995"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}